L’association Démo-Science a pour objectif de promouvoir la culture scientifique et de défendre le respect des acquis de la science. Elle réunit des élus de différents horizons politiques, des membres de la communauté scientifique, des professionnels des médias ainsi que des personnes sensibilisées aux apports des avancées scientifiques. Résolument dédiée au service de l’intérêt général, elle vise à offrir aux pouvoirs publics et à nos concitoyens les éléments nécessaires à l’éclaircissement du débat public et à la prise de décision. Notre initiative provient d’une inquiétude grandissante concernant l’évolution des relations entre le monde scientifique et la société. La démocratisation de l’accès aux savoirs scientifiques constitue un grand progrès social et génère des défis stimulants en matière de politiques culturelle et éducative. Mais en parallèle, on assiste à une remise en cause croissante de la valeur culturelle et de l’impact social du travail scientifique. Cette défiance prend sa source dans la confusion de plus en plus marquée entre ce qui relève des savoirs issus d’une démarche scientifique et ce qui relève de désinformation, ou encore de croyances individuelles et collectives.

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Des décalages entre les risques avérés et les risques perçus résultent de cet amalgame qui se manifeste par des comportements inadaptés face aux problèmes rencontrés. Cela conduit à mettre soi-même ou autrui en danger en imposant des freins à l’innovation et en exacerbant une défiance inconsidérée vis-à-vis de certaines technologies, voire des pans entiers de discipline scientifique comme la chimie. La précaution à tout va étend peu à peu son emprise stérile. Dans le domaine de la santé par exemple, certaines alertes ont été réellement admises avec retard, comme l’exposition régulière à l’amiante et d’autres sont aujourd’hui oubliées, comme le risque accru de cancer associé à la pratique des cabines de bronzage, ou les effets dévastateurs du cannabis sur la santé mentale et physique. Inversement, certaines alertes sont inconséquentes, voire dangereuses pour le bien commun. Ainsi, la remise en cause du principe même de la vaccination constitue une désinformation portant atteinte à la santé publique qui expose à la résurgence rapide de maladies infectieuses disparues.

Promouvoir une culture raisonnable et raisonnée des risques est une des missions de Démo-Science. L’évaluation inadéquate des risques n’est pas une réalité nouvelle mais l’usage d’internet et des réseaux sociaux rend difficile la reconnaissance de l’information scientifique fiable, laissant place à la diffusion de croyances des plus dangereuses dans un relativisme niant le principe même d’une connaissance objective. Le danger n’est pas seulement de freiner la recherche scientifique et de malmener l’évaluation des risques. Il est surtout de réduire les recherches scientifiques à un phénomène culturel, à une opinion parmi d’autres, exposant les citoyens à des peurs inconsidérées ou à la négligence de risques inaudibles dans la cacophonie des réseaux sociaux bien qu’ils soient incontestables. Une telle évolution menace les fondements mêmes de la recherche scientifique et son activité.

science-enfantLe contexte actuel de profonde défiance soumet les institutions productrices de savoirs scientifiques à l’inatteignable nécessité, non seulement d’anticiper tous les développements qui pourraient en découler et leurs conséquences, mais également de démontrer l’absence de probabilité de survenue d’une occurrence quelconque, que celle-ci présente ou non un risque. Ce qui, dans les deux cas, n’a scientifiquement pas de sens. Il conduit à un impératif démocratique mal placé car revendiqué à un niveau où il est impossible de décider, par exemple dans les phases expérimentales de l’innovation. Contester l’incertitude constitutive des premières étapes du développement scientifique est une exigence intenable car cette incertitude est source de création. Ce sont ces développements qui ont contribué aux avancées de l’hygiène et de la médecine avec pour conséquence, un allongement moyen de 70% de l’espérance de vie si on compare à ce qu’elle était au début du XXème siècle. Cet impératif démocratique mal placé est également manifeste quand des diagnostics précis sur des évolutions ne pouvant pas être anticipées, sont exigés des chercheurs. L’exemple de la condamnation des géophysiciens italiens qui n’avaient pu prédire la survenue du séisme d’Aquila, par définition imprévisible, en dit long sur l’état de la situation et l’urgence à réagir. Le chercheur, tout comme le citoyen, ne peuvent être tenus responsables de ce qui est imprévisible.

Les discours partisans voire sectaires fondés sur la défiance croissante vis-à-vis de l’expertise scientifique constituent une grave remise en cause de l’esprit des Lumières en s’attaquant aux règles constitutives sur lesquelles reposent l’institutionnalisation de toute science. Au-delà, ils témoignent d’une sérieuse menace pour le bon fonctionnement de notre démocratie.

Une double vigilance, scientifique et démocratique, s’impose.